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Interview
de Benoît Herman (Bebe) et de Martial Saillet
(Bob), deux cordistes travaillant en binôme soit
en indépendance totale soit par l'intermédiaire
de différentes agences d'intérim.

En
quoi consiste exactement votre activité ?
Benoît
: Le métier de cordistes, aussi connu sous
l'appellation de travaux en accès difficiles,
consiste à réaliser toutes sortes de petites
interventions mais en se servant uniquement de cordes
et parfois de nacelles ; cette technique permet de remplacer
les échafaudages.
Depuis quand ce métier existe-t-il ?
Martial
: Depuis toujours, non réellement depuis
environ 200 ans mais avant on procédait avec
des cordes à nuds tandis que depuis environ
15 ans on procède avec des cordes lisses.
Comment a-t-il évolué ?
Benoît
: On assiste surtout à une amélioration
du matériel afin de réduire les risques.
On ne peut toujours pas parler de risque zéro
car celui-ci n'existe pas dans ce métier mais
on est très sécurisé voir sur-sécurisé.
On tâtonne encore beaucoup avec les nouvelles
techniques mises en place mais l'essentiel est de les
connaître le mieux possible afin de pouvoir adapter
son comportement au matériel utilisé.
Quelle est votre formation ?
Benoît
: Nous avons une double formation. A la base, moi
je suis plombier et Martial est couvreur.
Après des entraînements à la spéléologie
et à l'escalade nous avons passé notre
certificat de qualification professionnelle de cordiste.
Martial
: A l'heure actuelle aucun diplôme ou brevet
n'est réellement obligatoire pour exercer mais
il existe de plus en plus d'organismes de formation
de cordiste. Cela correspond à une spécialisation
après une formation générale à
un des corps de métier du BTP.
Pourquoi avoir choisi cette orientation professionnelle
?
Martial
: Pour le fun et la découverte constante.
Nous sommes souvent les premiers à découvrir
l'état des choses, cela est justement dû
à leur accès difficile, on ne sait jamais
trop à quoi s'attendre. C'est un métier
où l'on a accès à des chantiers
exceptionnels, sur des monuments historiques, avec des
vues merveilleuses. Pour cela nous sommes vraiment privilégiés.
Benoît
: J'exerçais le métier de plombier
traditionnel et c'est sur certains chantiers particuliers
que j'ai découvert cet aspect de la profession
; cela m'a donné envie et je me suis mis à
la spéléologie. Grâce à cela
on est en permanence à l'extérieur, cela
ajoute du piment à notre métier, on ne
s'ennuie jamais. Et puis lorsque l'on est suspendu en
hauteur, nous sommes vraiment tranquilles.
Quels sont vos domaines d'intervention ?
Benoît
: Nous couvrons une grande partie du milieu du BTP.
Nous intervenons sur des immeubles de grande hauteur
ou des façades traditionnelles, dans des gaines
techniques ou des clochers d'églises, sur des
pylônes, des châteaux d'eau
que ce
soit pour des travaux de purge ou de contrôle,
de mise en sécurité, d'inspection ou de
nettoyage, de montage de structures métalliques
ou de lignes de vie. Nous sommes aussi très sollicités
pour la pose d'habillages de façade (publicitaire
ou non) et de palissades et pour l'installation de toiles
de communication.
Cette liste est loin d'être exhaustive car nous
sommes obligés de nous adapter à des situations
nouvelles.
Martial
: Cependant, notre principale activité consiste
en de petits travaux de rénovation qui ne nécessitent
pas obligatoirement la pose d'un échafaudage
ou pour des travaux où seul l'accès par
des cordes est possible comme le clocher de certaines
églises.
Quels outils et matériaux spécifiques
utilisez-vous ?
Martial
: Pour les travaux en eux-même nous utilisons
du matériel traditionnel, c'est dans la technique
que tout change. Il nous faut les outils indispensables
à tous cordistes c'est à dire des cordes
de différents diamètres, des baudriers
et des mousquetons.
Quelle est votre façon de procéder
?
Benoît
: Lorsque nous arrivons sur un chantier, nous commençons
par installer l'ensemble du réseau de cordes
afin de faciliter tous nos déplacements à
venir, puis nous mettons en place des protections collectives
et nous balisons le terrain au sol.
Martial
: Cette dernière étape dans la préparation
n'est pas la plus simple car le sol ne nous appartenant
pas, nous ne pouvons en disposer à notre guise.
Nous devons donc avoir tout le temps une personne au
sol qui joue le rôle de flic afin d'éviter
tout accident lors de chute d'éléments
ou de pierres.
En dehors de cette vigilance au sol, existe-t-il
d'autres règles de sécurité à
respecter dans votre métier ?
Martial
: Le traditionnel port obligatoire du casque et
des chaussures de sécurité et l'utilisation
d'une double corde au cas où l'une d'elle se
coupe, ce qui n'arrive jamais.
Benoît
: Le fait de travailler en binôme ajoute une
certaine sécurité car on sait que si l'un
de nous deux est en difficulté l'autre peut intervenir
par lui-même sans qu'il faille obligatoirement
la présence de pompiers. Il faut juste avoir
pleinement confiance en son partenaire, ce qui est ici
le cas.
Quels sont les avantages du cordage par rapport
aux techniques traditionnelles ?
Benoît
: Le principal atout est le gain de temps car il
est très fastidieux et très long de monter
et démonter un échafaudage tandis qu'avec
nous la mise en place du chantier est immédiate
et sans encombrement au sol. De plus l'absence d'échafaudages
sur les façades permet de réduire les
risques d'accident et d'effraction en dehors des heures
de travail. Et pour finir, qui dit gain de temps et
absence de moyens d'accès lourds, dit réduction
des coûts des travaux.
Quelles
sont les qualités indispensables pour exercer
le métier de cordiste ?
Martial
: Il faut être tenace, ne surtout pas avoir
peur de la hauteur et du vide, ce qui semble logique,
avoir une bonne base physique, aimer le travail en extérieur
et ne pas avoir froid aux yeux.
Le temps doit avoir une réelle importance
pour le bon fonctionnement de votre activité
?
Martial
: Cela va dépendre des travaux à effectuer.
La pluie peut être très gênante lorsque
l'on doit réaliser des travaux de tuyauterie
et lorsqu'il neige, on ne peut pas accrocher les cordes
aux toits donc c'est aussi problématique.
Benoît
: Le fait d'être indépendant nous permet
d'imposer nos conditions et ainsi de ne travailler que
lorsque le temps nous permet d'effectuer les travaux
de la meilleure façon possible.
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